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Lettres - Chez vous

par Anne Matalon, écrivain et malade

Lorsque tout va mal, lorsque tout vous lâche, choses et amis, circonstances et conjoncture, corps et tête, lorsque tout se délite, se déglingue, se défait, vous abandonne, vous trahit, se retourne contre vous, vous nuit, vous insulte, vous déshonore, vous humilie, vous offense, lorsque tout devient danger, lorsque tout devient hostile, lorsque vous n’êtes plus bien nulle part, lorsque vous n’avez plus d’abri, vous découvrez un jour qu’il vous reste encore un toit, un chez-vous.

C’est vous-même, votre corps, le corps de votre corps, le plus profond et le plus caché de votre corps, et vous êtes là, chez vous malgré tout, enserré dans le moelleux et la chaleur de vos organes, et lorsque ceux-ci vous trahissent à leur tour, se retournent contre vous, vous irritent, vous malmènent, vous émigrez et vous enfoncez dans votre dernière maison, encore plus profond, votre souffle, une ligne fine, l’absolu intérieur, vous absolument, qui vous bercez, allez et venez vers l’intérieur et vers l’extérieur, votre chez-vous est un minuscule point brillant et caché au centre de vous, au moment où vous ne savez même plus ce qu’est ce vous.