Depuis quelques années, de nombreuses formes d'aide et de soutien se sont développées pour accompagner les malades atteints de cancer dans cette expérience douloureuse à laquelle les confronte la maladie.

Il n'est pas toujours facile de comprendre la spécificité de ces aides : soutien social, soutien psychologique, entraide entre malades, chaque forme d'aide peut être utile. Mais chacune aussi comporte ses limites.
C'est pourquoi il nous paraît important de comprendre la spécificité, très particulière, de l'aide que nous apportons, et quelle est notre compétence.


Pourquoi ce Centre ?

Le cancer, par la gravité et le caractère angoissant de l'atteinte qu'il représente, est une maladie qui affecte le sujet dans tout son être et peut provoquer de profonds bouleversements physiques, mais aussi psychiques et existentiels.

Notre expérience de psychanalystes auprès des malades cancéreux nous a montré la nécessité de créer, en marge des institutions hospitalières et en complémentarité avec la prise en charge essentiellement médicale qu'elles assurent, un lieu d'accueil thérapeutique répondant aux besoins psychiques spécifiques de ces malades et de leur entourage, aux difficultés et aux questions soulevées par la confrontation à la maladie cancéreuse.

L'esprit de notre démarche

Pour chaque malade en effet, il nous paraît vital de prendre en compte la dimension psychique de sa maladie, non seulement pour faire face dans l'urgence aux traumatismes destructeurs que constituent notamment la survenue ou la récidive de la maladie, mais aussi pour soutenir et étayer les forces créatrices qui, à l'occasion de cette atteinte possiblement mortelle, peuvent se faire jour.
Car épreuve peut aussi donner lieu à un regain de vie psychique, susciter des énergies nouvelles, ouvrir des perspectives, et ce mouvement pour s'affirmer a besoin d'être accompagné et soutenu par des personnes capables de le percevoir, de l'entendre.

Ces personnes, parties prenantes du trajet que le malade accomplit à l'occasion de sa maladie, s'engagent vis-à-vis de lui pour :
- l'aider à tenir bon face à la maladie en conservant cette faculté d'espoir, de curiosité, d'intérêt pour la rencontre qui lui permet de rester psychiquement vivant tout au long de celle-ci ;
- l'accompagner dans les profonds remaniements psychiques qu'induit souvent le cancer du fait des enjeux vitaux, du bouleversement des repères habituels et des multiples pertes auxquelles il confronte le malade ;
- participer à son questionnement, à sa recherche concernant la place et le sens de sa maladie dans son histoire et dans sa vie.
Pour atteindre ces objectifs, la solution originale adoptée pour ce Centre a été d'en faire une structure associative fondée sur le partenariat entre malades et psychanalystes.


Un partenariat original

Le partenariat entre malades et professionnels constituait déjà l'idée directrice de l'Association créée en 1991 (voir rubrique correspondante) Principe fondamental de la démarche de " Psychisme et cancer ", ce partenariat a pour objectif, comme l'explique Pierre Cazenave dans Le livre de Pierre (voir rubrique correspondante), d'aller à l'encontre de la situation de passivité où peut se trouver le malade dans l'institution médicale et de lui rendre, ici, toute sa compétence.
La mise en œuvre de ce partenariat se retrouve aussi bien dans la structure de l'association, où les malades occupent des fonctions de responsabilité à tous les niveaux, que dans le Centre puisque des malades dits " accueillants " participent avec les psychanalystes, chacun avec sa compétence propre, à l'accueil et à l'écoute des malades " consultants " qui se présentent.

La rencontre - l'écoute
Pour les malades consultant dans le Centre, le fait de pouvoir rencontrer à la fois des malades accueillants et des psychanalystes constitue un apport précieux.
- Les malades accueillants disposent d'une double expérience : celle de la maladie, d'abord, mais aussi celle d'un travail analytique personnel qui garantit la qualité de leur écoute.
- Les psychanalystes sont présents dans le Centre pour rencontrer aussi bien des malades consultants que des personnes affectées par le cancer d'un de leurs proches. Cette rencontre avec le psychanalyste se déroule sous la forme d'un " entretien thérapeutique " qui peut être unique ou répété et ne débouche pas nécessairement sur une psychothérapie au long cours. Cette souplesse permet donc de répondre aux besoins psychiques de chacun.
Notre expérience nous a enseigné que pour celui qui est confronté au cancer, ces entretiens thérapeutiques constituent toujours un événement psychique décisif lui permettant d'être reconnu et rejoint, non seulement dans sa détresse actuelle, mais aussi dans un désespoir aux racines anciennes qu'actualise la maladie.


L'accueil

Ce lieu est animé par différents petits groupes de trois personnes (deux malades accueillants et un psychanalyste) qui assurent, chacun, une permanence hebdomadaire régulière et donnent à ce lieu sa qualité d'accueil particulière.

Ce lieu, où l'on peut venir de sa propre initiative, sans rendez-vous, où se rencontrent anciens et nouveaux consultants, constitue un relais, une halte où chacun peut faire valoir son expérience de la maladie, exprimer ses besoins et au fil des rencontres et des échanges préciser sa demande, sa quête. On pourra aussi y trouver des informations, des documents, des indications de lecture, des adresses, etc. Cette disponibilité d'accueil qui respecte le temps de chacun est particulièrement précieuse pour le malade confronté à toutes sortes d'échéances et de contraintes médico-sociales rigides.
Ce lieu peut aussi répondre au besoin du malade de créer de nouveaux liens et pallier ainsi à la solitude où le plonge la maladie en lui permettant d'être lié réellement et symboliquement à un groupe.
Lieu d'ancrage relationnel, le Centre constitue ainsi un espace de protection susceptible de contenir les attaques destructrices liées à la maladie.

Un lieu thérapeutique
Si le Centre a une fonction thérapeutique, garantie par le travail d'élaboration qui s'y accomplit sous la responsabilité des psychanalystes, ce n'est pas pour autant un lieu de traitement au sens classique du terme. En effet, si des parcours psychothérapiques peuvent s'y effectuer, aucune thérapie individuelle au long cours, avec son engagement, son cadre spécifique et sa régularité, n'y est pratiquée. En revanche, si une demande de cure s'exprime, nous y répondons ; mais celle-ci se déroulera à l'extérieur, dans le cabinet d'un de nos correspondants auquel nous adressons le patient. Il peut également arriver, dans l'intérêt du patient, qu'un travail analytique engagé avec un psychanalyste du Centre se poursuive dans le cabinet de celui-ci.

Il est aussi proposé aux consultants du Centre un groupe de parole régulier animé par un psychanalyste et une accueillante.


Un lieu associatif

Autonome par rapport aux autres associations, la structure de ce Centre le rend indépendant par rapport aux institutions médico-sociales et contribue à lui conférer son trait identitaire aux yeux des interlocuteurs extérieurs. Sur la base de cette indépendance se sont nouées toutefois des liens privilégiés avec différents services hospitaliers, au premier rang desquels le service de cancérologie de l'Hôpital des Peupliers de la Croix Rouge, dont nous sommes voisins.
À l'intérieur du Centre, la vie associative a une fonction de lien social et permet à chacun de s'impliquer dans une action collective, de participer à une œuvre commune en fonction de ses besoins, de ses capacités, de ses désirs.
Enfin, l'association permet, au-delà du Centre, d'élargir le partenariat entre malades et psychanalystes à tous ceux, malades, professionnels ou autres, qui se sentent solidaires de notre démarche.

Un lieu de recherche
L'activité de recherche, constitutive de cette structure innovante, participe au maintien du caractère vivant, créatif de ce lieu d'accueil et d'écoute. La complexité des problèmes posés par la maladie cancéreuse, les exigences d'une pratique difficile qui oblige à des innovations constantes, à une implication personnelle importante engagent les thérapeutes du Centre dans un travail de recherche et d'élaboration permanentes ainsi que dans des échanges suivis avec tous les professionnels impliqués dans la prise en charge de malades cancéreux (cancérologues et personnel infirmier, médecins, psychosomaticiens, psychanalystes, thérapeutes divers, etc.). Trouver le cadre propice à ces échanges - groupes de travail, séminaires, etc. -, nourrir ce travail de collaboration et de formation fait partie intégrante de ce travail de recherche qui dynamise et enrichit la relation de partenariat avec les malades.


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